Cyberviolences à caractère sexuel et sexiste

Le cyberespace entre-t-il en concurrence avec l’espace scolaire pour ce qui concerne les apprentissages sexuels  ? Est-il susceptible de modifier les normes de genre ou les attentes genrées ? Les cyberviolences au sens large prendraient pour beaucoup racine dans l’homophobie et le sexisme, Internet véhiculant de manière privilégiée des normes sociales invitant les performances stéréotypées de la féminité et de la sexualité. Jusqu’ici, les rares études ayant proposé une analyse genrée des cyberviolences ont mis en évidence l’existence de dynamiques genrées et sexuelles dans les échanges virtuels entre adolescentes et adolescents. Plus spécifiquement, les pratiques liées au sexting (c’est-à-dire à l’envoi de textos ou de photographies sexuellement explicites) ont fait l’objet d’études spécifiques, dans la mesure où elles ne trouvent pas d’équivalent dans la sphère présentielle. Ainsi, le sexting permettrait autant la stigmatisation des adolescentes envoyant des photos sexy ou parlant ouvertement de sexualité, que la valorisation des adolescents récepteurs de telles photos. Ces études ont établi au moins deux constats. D’abord, la rapidité avec laquelle les informations peuvent circuler dans les structures cyber rendrait les filles particulièrement vulnérables au jugement et à la honte lorsqu’elles ne réussissent pas à « performer » la féminité de manière attendue. Ensuite, le cyberespace offrirait de nouvelles possibilités d’accumuler du capital social à travers les textos et aux photographies à caractère sexuel. Les dédipix, pratique qui trouverait son origine en France, en offrent un exemple précis : les filles en quête de popularité envoient des photos d’une partie de leur corps (plus ou moins étendue, plus ou moins connotée sexuellement) dédicacée avec le nom de l’ami à qui elles l’adressent afin de susciter les commentaires sur les réseaux sociaux.

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