Archive for juillet, 2016

Séminaire d’été sur l’Ubérisation

Lundi, juillet 18th, 2016

Le business de la politique n’échappera pas à l’“uberisation”. Comme les chauffeurs de taxi, les politiques de métier vont payer cher le fait de n’avoir pas voulu évoluer ni se remettre en question pour garder leurs “jobs”. Les citoyens en ont assez des chasses gardées et des prés carrés, ils veulent une nouvelle offre qui corresponde à leurs attentes. Ils recherchent l’efficacité. La concurrence, c’est-à-dire l’opposition, n’a pas été à la hauteur et tous en paient aujourd’hui le prix. La classe politique traditionnelle, de gauche comme de droite, est en faillite et les électeurs se sont jetés sur une nouvelle offre que personne n’a encore expérimentée, peu importe le contenu : “au moins c’est nouveau”. Les monopoles, qu’ils soient idéologiques, politiques ou commerciaux, sont devenus insupportables. C’est la volonté inextinguible d’une nouvelle forme d’abolition des privilèges qui se propage et le rejet de tout ce qui s’apparente au “système”. L’électeur vote “contre” faute de pouvoir voter “pour”, on élimine au lieu d’élire… et forcément on perd confiance. Il ne reste que l’abstention, ou des extrêmes encore en piste qui aboient, menacent et proposent une braderie du grand n’importe quoi, économique en particulier. Cette uberisation politique est peut-être finalement la seule voie vers un changement salutaire. Puisque les partis sont des forteresses destinées à sauvegarder leurs acquis, les électeurs vont passer outre pour des candidats libres. N’est-il pas significatif que l’homme politique le plus populaire de France soit Emmanuel Macron, ni élu ni professionnel de la politique et qui n’aurait donc à satisfaire que l’intérêt général ?

Conférence politique en Allemagne

Lundi, juillet 18th, 2016

Avec un chômage au plus bas, Angela Merkel aurait dû fêter — le 22 novembre — ses dix ans au pouvoir dans l’allégresse. Las, celle que les Allemands surnomment “Mutti”, “Maman”, n’est plus leur personnalité préférée. Elle a dégringolé de 30 points dans les sondages et se classe à la quatrième place. C’est Wolfgang Schäuble qui est désormais numéro un, l’influent ministre des Finances qui a osé comparer l’accueil illimité des Syriens à une avalanche commise par un skieur imprudent. L’attaque est claire. La grogne s’installe dans le pays. La cote de la famille conservatrice CDU-CSU est en forte baisse tandis que le parti de droite populiste (AfD) recueille 10 % d’opinions positives, soit un bond de 6 points en quelques mois — il demande la démission de la chancelière. Celle qui passait pour la femme la plus puissante d’Europe est sur la défensive. Le congrès de la CDU a lieu dans quelques jours à Karlsruhe. Elle va devoir affronter une rébellion sans précédent. Les deux poids lourds, Wolfgang Schäuble et Thomas de Maizière, le ministre de l’Intérieur, vont y mener la danse. Y a-t-il risque de putsch ? Il faudrait que le parti propose un nom pour remplacer Angela Merkel. Mais le pays est dirigé par une coalition avec le SPD qui la soutient et n’accepterait jamais Schäuble comme chancelier. La CSU bavaroise l’accuse d’avoir perdu le sens des réalités. Le droit d’asile n’a pas de limites, disait-elle en septembre. Elle a ouvert les vannes sans consulter personne. On estime à un million le nombre de réfugiés qui seront arrivés en Allemagne en 2015. On ne connaît pas le chiffre des demandeurs d’asile. L’administration chargée de les enregistrer est débordée. À Berlin, l’armée a dû intervenir pour installer des camps de fortune dans un ancien aéroport. Les conditions de vie des migrants deviennent difficiles, ils se battent entre eux. Les bénévoles, si enthousiastes en septembre, sont exténués. Deux cent cinquante maires ont écrit à Merkel pour lui dire qu’ils ne peuvent pas remplir leur mission. Les Länder ont atteint leurs capacités limites d’accueil. Il manquerait 370 000 places d’hébergement et le flot d’arrivants ne tarit pas. L’inquiétude monte. « Wir schaffen das » (“Nous y arriverons”), répète la chancelière. Les Allemands doutent. Alors, elle commence à faire machine arrière (plus de contrôles aux frontières, expulsions accélérées des demandeurs déboutés, renvoi des Syriens dans le pays d’entrée de l’Union s’il ne s’agit pas de la Grèce). Elle est allée demander de l’aide en Turquie. En échange de l’hébergement des Syriens, Erdogan a demandé 3 milliards d’euros. Qui va payer ? Ça n’est pas encore très clair. Les Européens ne veulent pas supporter le choc d’une décision unilatérale. Angela est en train de jouer sa réélection en 2017. Un pari risqué.