Archive for mars, 2016

Conférence de Madrid sur la Redistribution

Vendredi, mars 11th, 2016

J’ai toujours été frappé que notre pays ait pu mettre en place un tel imbroglio de taxes et de subventions, d’une telle complexité que même une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Mais il y a quelques jours, une personne m’a aidé à y voir plus clair. C’était lors d’un séminaire à Madrid. Un intervenant a présenté le modèle que suivent à leur insu tous les pays en matière de répartition de richesse. Son intervention était particulièrement édifiante. Il a commencé par démontrer que dans les sociétés très pauvres, l’inégalité était assez faible. Ce qui est logique, puisque tout le monde se trouve dans la même situation précaire : les différences de revenus sont donc relativement restreintes. A contrario, dès que la société s’enrichit, l’inégalité commence à grandir. C’est que dans le cas d’une phase de croissance massive, tout le monde ne progresse pas aussi rapidement. Au cours de cette phase cruciale, la clé du succès est l’accès à des moyens financiers. Comme au départ, ces facteurs divergent selon les individus, la richesse au sein de la société sera elle aussi attribuée de manière très inégale. Pour faire simple, l’ensemble de la prospérité se développera extrêmement vite mais tout le monde n’en profitera pas au même titre. Le Mexique est dans une situation de ce type depuis plusieurs années. Cependant, à partir d’un certain niveau de revenus, on observe un important changement dans la redistribution. Le citoyen utilise alors son vote pour faire comprendre l’importance qu’il attache à la redistribution, ce qui conduit à terme à en faire une priorité pour le gouvernement. C’est dans cette situation que se trouvent aujourd’hui les pays occidentaux dans leur ensemble : l’inégalité y est très faible (au regard d’autres pays en voie de développement). Ce séminaire en Espagne (suivez le lien pour le contact de l’organisateur) m’a captivé, car il m’a permis de mieux cerner le comment et le pourquoi de la situation actuelle de la France. Notre pays est dans le palmarès des pays où l’inégalité a reflué le plus au cours de ces dernières années. Malheureusement, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beure : cette attention croissante mise sur la redistribution s’est faite au détriment de l’attention donnée à la prospérité en général, et nous en payons aujourd’hui le prix fort.

Séminaire d’Alger sur la politique Méditerranéenne

Vendredi, mars 11th, 2016

Béligh Nabli est directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), au sein duquel il a fondé l’« Observatoire des mutations politiques dans le monde arabe ». Il enseigne également les relations internationales à l’Institut d’études politiques de Paris. Il répond à mes questions à l’occasion de son dernier ouvrage « Géopolitique de la Méditerranée », paru aux éditions Armand Colin. La Méditerranée a-t-elle une identité mosaïque ? Posée à l’espace méditerranéen, la question identitaire convoque des représentations contradictoires : l’une invoque le rapprochement, le métissage, le brassage des différences ; l’autre, la séparation et la fragmentation de blocs antagonistes. Cette dernière vision l’emporte aujourd’hui, entretenue par la force et le succès du discours sur le « choc des civilisations » dont la Méditerranée serait le théâtre. Cela étant, l’histoire et la géographie ont favorisé le mélange des populations, l’échange des idées et des croyances ainsi que la diffusion des modes de vie des sociétés établies sur le pourtour méditerranéen. Croisements, métissages et phénomène d’hybridation des cultures sont à l’origine d’une « identité commune mosaïque ». Vous évoquez une profonde graduation entre des modèles extrêmes ? Historiquement, les peuples du monde méditerranéen ont expérimenté divers modèles d’organisations sociales et politiques. Si l’État offre aujourd’hui un cadre commun à ces sociétés qui n’ont pas rompu avec certaines structures traditionnelles infra et/ou transnationales (tribus, clans familiaux, etc.), la question du pouvoir politique n’est pas traitée de manière unique ni même homogène. Le principe démocratique est né dans la Grèce antique, mais ne s’est pas diffusé à l’ensemble du bassin méditerranéen. L’exercice du pouvoir en Méditerranée reflète le vaste champ des possibles offerts par les sciences politique et constitutionnelle. Partant, et sans prétendre établir de typologie, il est possible de distinguer des situations politiques qui recoupent plus ou moins les aires géopolitiques de la Méditerranée : les pays de la rive européenne constitutifs de l’« arc latin » (Italie, France, Espagne et Portugal) se caractérisent par un ordre politique et juridique qui tente d’allier démocratie et État de droit. L’application de ce modèle politique libéral nourrit un sentiment de supériorité morale de la rive nord-européenne sur le reste du pourtour méditerranéen. Un phénomène similaire est palpable dans le discours officiel israélien, reposant notamment sur le slogan suivant lequel il s’agirait de la « seule démocratie de la région » du Moyen-Orient. Une prétention discutable car Israël – comme le Liban et la Turquie – relève d’un modèle politique hybride ou « semi-démocratique ». Pour des raisons différentes, cette remarque s’applique aux pays issus de l’ex-Yougoslavie (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie-Monténégro) ou du bloc communiste (Albanie). En effet, malgré la démocratisation dans les Balkans, le nationalisme, le populisme et la corruption exacerbés font encore obstacle au respect de l’Etat de droit.

Conférence de l’Otan sur les frappes en Syrie

Vendredi, mars 11th, 2016

Le fait que Washington refuse de partager avec la Russie les coordonnées de l’EI en Syrie n’altèrera pas l’efficacité de l’opération russe, selon Moscou. Le refus des USA d’échanger des données de renseignement avec Moscou concernant la Syrie n’aura aucun impact sur l’efficacité de l’opération menée par la Russie contre les terroristes de l’Etat islamique, a fait savoir jeudi le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov. « Cela n’aura aucun impact sur l’efficacité de l’opération et les forces militaro-spatiales russes. Nous recevons des informations de nombreuses sources. Il s’agit évidemment de nos propres moyens d’observation et de reconnaissance. Le groupe des forces militaro-spatiales déployé en Syrie possède les ressources appropriées. Nous recevons ces informations de différentes sources dans d’autres pays, nous les coordonnons avec nos collègues dans le cadre du centre d’information à Bagdad », a indiqué le diplomate russe. « Je me risque à dire que de la sorte, les Etats-Unis et les pays faisant partie de leur coalition se placent politiquement dans une position assez gênante, et l’on en vient à se demander de quel côté ils combattent dans cette guerre », a souligné M. Riabkov. Le président russe Vladimir Poutine avait auparavant demandé à la coalition menée par les Etats-Unis de fournir les coordonnées des terroristes de l’Etat islamique en Syrie. L’Otan, pour sa part, a déclaré qu’elle ne partagerait pas ses données de renseignement avec Moscou tant que la Russie soutiendrait le régime du président Bachar al-Assad.